Merci à Tara d'avoir osé affronter ce sujet-là

Il faut bien le dire, Tara, tu oses affronter un sujet que si souvent on évite, on évince, on détourne... tu as osé affronter la Peur, quitte à la réveiller en chacun de nous, parce que si on l'évite tellement, c'est qu'elle a une place forte que nous lui donnons, rien que l'évocation parlée ou écrite de son nom lui donne une importance énorme.
Qui d'autre pourrait prétendre nous chambarder autant juste par l'évocation de son nom ?? Je n'en vois qu'un... l'Amour
En cela, je rejoins ce qui a déjà été dit : pour affronter la peur, le meilleur allié que l'on puisse se donner est tout simplement l'Amour de soi, des autres, de la vie, etc. Et pourquoi pas, l'amour d'une peur particulière ? .. Nous les prenons toutes comme des démons mais ces peurs sont souvent source d'apprentissage aussi.
Prenez les animaux.. sans peur, fuiraient-ils devant le danger ? sans peur, quel serait le déclancheur de leur instinct de survie ? quelle mère animale protègerait ses petits au péril de sa vie ? C'est bien une forme de peur qui a appris à la renarde à creuser un terrier pour y protéger ses petits. C'est bien une peur qui pousse une ourse à attaquer le moindre être vivant s'apporchant de sa petite boule de poil, etc..
Je ne me fais pas l'avocate de la peur, bien loin de là, j'ai juste envie de lui donner une place différente, la place qui lui revient à l'origine et dans l'instinct : la peur déclanche la survie !
Nous autres, êtres humains, avec notre mental, nous voyons les peurs, nous sommes mêmes capables d'en inventer là où il n'y en a pas (qui n'a jamais paniqué devant un retard d'un proche, se faisant un film d'horreur de ce qui pouvait bien lui être arrivé pour justifier cette absence ou ce retard ?) C'est aussi elle qui nous met en éveil de ce qui pourrait arriver à nos enfants dans leur enfance et qui nous permet de mettre en place des systèmes de protection. La dérive, c'est quand nous devenons un peu parano et installons des systèmes de survie pour le cas où alors que le danger n'existe même pas... c'est quand notre imagination est suffisante pour déborder et nous emmener sur une histoire terrorisante alors que rien de réel ou tangible n'annonce un danger, etc.. etc.. etc..
Et puis, nous fonctionnons à l'envers parfois... regardez un cochon d'inde.. quand il a peur, il fait le mort, reste tétanisé et c'est son moyen de survie parce que ses prédateurs (en général des reptiles) s'attaquent à des proies en mouvement. La gazelle fuit à une vitesse vertigineuse parce que ses prédateurs à elles sont des carnivores "grande vitesse". Le petit "chien-chien à sa mémère" (j'en souris, j'en ai un

) se met à aboyer fort et longtemps comme s'il était un Dog Allemand pour jouer l'intimidant, pensant qu'il ne se fera pas attaquer s'il fait croire qu'il est terriblement dangereux etc..
Et nous, nous utilisons toutes ces alarmes de survies mais pas forcément instinctivement, très souvent avec le mental et nous ne choisissons pas forcément la technique adéquate.
Il n'est pas question pour moi de démystifier la peur, si j'avais cette possibilité, je n'aurais plus à devoir l'affronter, comme nous tous, mais je voudrais arriver à lui donner moins d'importance... faire comme pour les autres sentiments, ressentis...
ok, tu existes, mais ta place est ici, et ne compte pas sur moi pour te nourrir, n'envahis pas mon espace, reste celle qui va m'être utile pour éveiller mon instinct de survie quand j'en ai besoin mais pour le reste... merci de rester dans ta tanière ! Je suis grande, je peux faire confiance à mes enfants, ils sont "équipés" pour avancer sans ma panique, je peux croire en moi, j'ai les connaissances et les compétences pour avancer là où mon chemin me guide. J'ai assez d'assurance pour m'affirmer sans craindre les destabilisations de mon entourage, je peux Etre moi-même en acceptant de ne pas correspondre aux attentes des autres, ces attentes leur appartiennent, je n'ai pas à avoir peur de leur désapprobation, etc..Et puis, la Peur ne peut exister qu'avec un élément vital pour elle : l'Imagination. Sans imagination, pas de peur.. donc, la peur est toujours associée à un élément futur : J'ai peur de dire parce que je ne sais pas comment mes mots seront entendus. J'ai peur d'aller parce que je ne sais pas ce qu'il y aura là-bas. J'ai peur d'aimer parce que je ne sais pas si je serai aimée, etc.. Dans le présent, on a moins peur. Il suffit de penser à une maladie grave, là, on vire facilement à la panique, la peur est énorme, elle prend toute la place.. comment pourrais-je tenir le coup, comment pourrais-je accepter, comment pourrais-je continuer à avancer etc... mais quand on vit avec cette maladie, quand elle est dans le présent, on ne pense pas si souvent à la peur du moment, on vit. On traverse, on avance. Biensûr, il y a la peur de l'issue de la maladie mais les peurs que l'on avait dans l'imaginaire deviennent des réalités auxquelles on fait face, tout simplement.
Pour exemple, je me souviens, il y a 15 ans, ma nièce était atteinte d'une leucémie, elle avait 11 ans. J'avais moi-même deux tout petits, ma fille avait 5 ans et mon fils venait de naître. Je me suis retrouvée à la place d'une mère dont l'enfant était en grand danger de mort. Ce que ma soeur devait affronter me paniquait, me déstabilisait, j'étais totalement sous l'emprise de cette peur qu'un jour je ne retrouve une mère d'enfant cancéreux. J'admirais ma soeur, sa force de vie, son énergie dans le combat que menait sa fille, je n'arrêtais pas de me dire que moi, je n'en serais jamais capable etc.. etc... tout ceci m'était "dicté" par la peur. Ma soeur, elle, vivait la réalité, risquait de perdre sa fille. Biensûr elle avait peur de cette issue possible, mais pour le reste, elle n'avait pas peur de tout ce que la maladie faisait endurer à sa fille et à sa famille toute entière.. elle n'avait pas le temps d'avoir peur parce qu'elle n'avait pas le temps de penser à demain, elle vivait aujourd'hui et c'était déjà bien assez prenant !... grâce à elles, j'ai découvert que ma peur n'était que source de mon imagination, que toutes les phrases venant à mon esprit et attisant cette peur commençaient par "et si...".
A partir de ce jour-là, j'ai choisi de tenter le plus possible de ne plus laisser une place hors norme à la peur, j'essaye de relativiser un retard, je tente de calmer une impatience, etc.
Je suis loin d'avoir gagné avec les peurs anciennes, mais le présent est moins infesté, je m'efforce de ne pas en rajouter de nouvelles.
Après tout, parlons de la peur pour une bonne fois pour toutes la remettre à sa place et qu'elle sorte de ce trône gigantesque sur lequel on la laisse trop souvent s'installer !
Belle journée à vous
