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Peut-être parce que ma vie ne ressemblait à rien, peut-être parce que je ne savais plus comment sortir de ma situation, peut-être parce que j'avais besoin de bien être et d'espoir, lorsque j'ai su qu'Amma venait à Barcelone le mois suivant, j'ai décidé d'y retourner, mais cette fois-ci le "fameux" dernier jour (elle vient toujours 3 jours dans la même ville).
Il faisait beau. Il y avait encore plus de monde qu'à Paris. Queue, ticket, chaussures, queue... Ca c'est fait ! Aujourd'hui, Amma prendra tour à tour toutes les personnes qui se présenteront à elle, sans interruption jusqu'au lendemain. La journée et la nuit promettaient d'être longues...
L'ambiance était très différente qu'à Paris. A l'extérieur du bâtiment, comme le temps le permettait, les fumeurs se retrouvaient. Il y avait des jeunes d'une vingtaine d'années qui faisaient une sorte de gymnastique qui ressemblait au yoga. Une personne allongée sur le dos, les jambes à la verticale en soutenait une autre par les hanches tout en se laissant basculer le haut du corps vers l'avant. Celui au sol lui faisait faire des mouvements avec les bras et les jambes. On aurait dit une marionnette qui volait. C'était vraiment très beau et très fluide.
Je regardais la scène quand la jeune fille me demanda "quieres volar ?" (Tu veux voler ?). Oh oui, je voulais voler, je voulais dire "oui" à tout aujourd'hui, oui à la vie, oui au bonheur même s'il ne devait durer que quelques minutes. La sensation était un réel bien être, mes muscles se détendaient, c'était comme un massage, un équilibre et une confiance à deux. C'était de l'AcroYoga.
Toujours à l'extérieur, un jeune père s'est installé au sol avec un très gros bol d'un diamètre de 40 cm au moins. Ca ressemblait aux fameux bols tibétains mais en beaucoup plus gros. L'utilisation était la même. Il disait que le son de cet objet était celui de l'univers. Des petits enfants s'allongeaient spontanément à même le sol pour y coller leur oreille et profiter de la sonorité. Peu à peu dans la journée, d'autres musiciens se sont joints à lui, les uns avec des violons, d'autres des guitares, des flûtes, des jumbays. Ceux qui le voulaient scandaient le nom d'Amma en improvisation. Les gens se mettaient à danser. Le son du bol emplissait l'air, ses ondes transperçaient le corps.
A l'intérieur le Darshan se poursuivait. A midi j'étais de nouveau pleine de douleurs au dos (je n'ai aucun problème majeur au dos, pas même une petite scoliose). Je vaquais entre les différents stands, lorsque je vis une petite fille se promener avec un panneau "recherchons 5 personnes pour la fabrication des samossas". J'ignorais ce qu'étaient les samossas, mais j'étais partante. On me conduisit à l'arrière du bâtiment où se trouvaient les cuisines sous tentes. Il s'agissait de mélanger différents ingrédients, et de les mettre en boulettes, d'autres se chargeaient de les rouler dans une pâte en forme de triangle pour en faire des petits chaussons. Il vint à l'idée d'une personne d'en découper les bords avec un couteau dentelé pour en décorer les bords.
20 minutes après, on nous expliquait que la déco était très jolie mais ne correspondait pas au style simple et dénudé que représentait Amma. A ce stand de fabrication, j'appris que toutes les personnes qui travaillaient pour servir Amma et cette journée étaient toutes bénévoles. Chacun donnait son temps comme il le voulait. Certains quelques heures, d'autre la journée, d'autres encore étaient là pour les 3 jours. Au bout de 3 heures de samossas, en conversant avec les uns et les autres, tout en écoutant la musique jouée par les musiciens autour d'Amma, je ne sentais plus mon dos. Il me fallait m'asseoir. Tout était paisible et beau mais je me sentais de plus en plus mal.
A 18h, le Darshan s'arrêta un moment. On allait passer au Devi Bhava. C'est une cérémonie où Amma bénit de l'eau. Il en est distribué à chacun. On en boit une gorgée et on garde le reste si on le souhaite pour le diluer dans une bouteille que l'on boira au fil du temps et des jours. Amma se retira pour se changer sans même s'étirer d'être restée toute la journée assise.
Nous attendions qu'elle revienne, tous assis sur des chaises ou à même le sol. Même assise je me sentais de plus en plus mal. Je me rendis compte que j'avais oublié d'aller manger et comme je n'avais pas le temps de me restaurer avant le début de la cérémonie de l'eau que je désirais voir, je partis en direction des cuisines chercher un morceau de sucre. En chemin un homme habillé en sari orange (celui qui est toujours à la droite d'Amma durant le Darshan) me bloquât le passage, me disant que je ne pouvais plus passer car Amma allait arriver. Il me dit : "Lorsqu'elle arrivera, tu te placeras derrière elle et tu la suivras".
Elle arriva, toute vêtue de Bleu avec une sorte de couronne sur la tête. Je fus la première à sa suite. Elle montât sur la scène (le Darshan durant la journée se déroule au pied de la scène) où il avait été installé une petite tente en tissu hindou.
Elle fit un discours en hindou sur la peur (traduit dans la langue du pays par une interprète). Elle nous expliquât que la peur attirait la peur, que certains parlaient de fin du monde en 2012, mais qu'il fallait croire en la vie. Elle expliquait comment prendre soin de notre planète, elle parlait de la pureté des enfants, nous invitait à croire en notre Divinité. Les petits enfants étaient assis autour d'elle sur la scène et chose surprenante, pas un ne bougeait ni ne s'impatientait, les bébés ne pleuraient pas, les vieillards ne toussaient pas. Tous ensemble nous dîmes trois "om" pour clôturer cette séance. 15'000 "Om" en même temps, ça fait un drôle d'effet ! Ca remplit tout l'espace, s'en est presque palpable.
Elle s'assit sous la tente et le Darshan du soir commença. Elle est la Mère Divine et dans son pays elle est une représentation de Shiva (à ce moment là sur les 3 jours seulement). Le temps passe. Je ne peux ni m'asseoir, ni être debout, j'essaie de m'allonger mais je ne tiens dans aucune position. Cette douleur est infernale, je n'ai jamais vécu ça. J'ai presque envie de vomir tellement j'ai mal et je ne sais pas pourquoi. Je sors, je fume, il fait froid maintenant mais ''le joueur de bol'' est toujours là, de plus en plus de gens dansent, chantent et jouent, c'est comme une liesse générale. J'entends des chants, des cris de joie qui viennent de l'intérieur, je rentre. Les gens sont debout, ils tapent dans leurs mains au son de la musique, certains dansent, il règne une joie incroyable, le Darshan se poursuit. C'est comme si tout le monde disait sa joie à Amma d'être là, ils l'accompagnent, la soutiennent, lui offrent un bain de joie. Je voudrais participer, être heureuse avec eux moi aussi, mais je ne peux pas j'ai trop mal, je m'allonge, j'essaie de fermer les yeux et de dormir mais c'est impossible, j'ai envie de pleurer, de hurler, de tout casser, je ne me reconnais pas. Il faut que je parte d'ici, je ne peux pas rester.
Je me dirige vers la sortie ne sachant même pas comment je vais faire pour rentrer chez moi car à cette heure-ci il n'y a plus de train. Mais il faut que je parte, que la douleur cesse. Un homme en civil me tend un prospectus sur le reiki, il m'explique que là dans un coin reculé de la salle il y a des chiropracteurs, des personnes qui font du reiki à ceux qui le souhaitent. Ca me fait sourire. J'y vais. Il y trop de monde à attendre pour une séance de reiki, je choisi le chiro. Je m'affale sur sa table, je n'en peux plus. Il ne me pose pas de question et commence la manipulation. Au bout de 2 minutes, il me demande à quand remonte l'accident que j'ai eu pour avoir le dos dans cet état là. Je n'ai pas eu d'accident. Il sourit et s'assied près de moi. Ce sont des émotions, me dit-il, qui me mettent dans cet état. Il rajoute 2 manipulations et s'arrête.
Gentiment, je lui dis que je m'en vais, qu'il ne m'a rien fait, que je souffre trop et que l'argent que je lui ai donné, j'aurais préféré ne pas le dépenser pour ce résultat là, parce que ce n'était pas dans mon budget, même si son prix est plus que raisonnable. Avec les yeux pleins de douceur, il me conseille d'aller marcher, de ne pas partir, d'écouter la petite voix au fond de moi, et que si dans 30 minutes j'ai toujours aussi mal il me refera une séance.
Je vais marcher, j'en ai marre, je revois ses yeux si plein de compassion, j'essaie d'écouter, la petite voix. Elle n'est qu'un murmure. Plus fort, lui dis-je, je n'entends rien... Je commence à me parler à moi-même...
- Ne vois-tu pas que tu as été invitée à suivre Amma ? Ne vois-tu pas que tout ici n'est que joie et que c'est ce à quoi tu aspires ? Ne vois-tu pas que deux fois déjà tu es venue et que chaque fois tu as eu un goût d'inachevé ? N'as-tu pas envie d'aller jusqu'au bout cette fois ?
- Jusqu'au bout de quoi ? J'ai mal au dos, je ne suis bien dans aucune position, je suis fatiguée, il ne se passera rien de plus.
- Tu pourrais peut être juste attendre ton tour pour le Darshan, c'est dommage d'être venue pour ça et de partir avant.
- Oui, c'est vrai. Je commence à avoir un peu moins mal, peut-être que cela passera. Mais tu avoueras que c'est un peu étrange cette douleur, cette envie de vomir.
- Ne t'en occupe pas, c'est un nettoyage.
- ????
Je rentre dans le hall pour regarder à quel numéro se situe mon ticket. Mon tour ne va pas tarder. Je me mets dans la file. Il doit être deux heures du matin, je regarde autour de moi, chacun profite d'Amma à sa façon. Il y a ceux qui restent un peu à l'écart, qui ne s'impliquent pas vraiment, qui vont dans la salle de restauration, qui parlent, qui tentent de dormir un peu, ceux qui sont sur le pourtour du centre qui participent avec les yeux et le coeur probablement, mais qui ne bougent pas, ceux qui sont au pied de la scène et au centre. Pour ceux-là c'est l'ivresse. Ce sont à peu près les mêmes que depuis le départ du Darshan. Ils chantent sourient, tapent dans les mains, dansent... Il émane d'eux un bonheur extraordinaire.
Mon tour approche, je regarde Amma toujours aussi fraîche et souriante. Je me demande comment elle fait. Plus que 2 personnes devant moi.
- Amma, je ne sais pas ce que je suis venue chercher, mais je le cherche.
Plus qu'une personne devant moi.
- J'ai envie de lui dire quelque chose, mais quoi ?
C'est mon tour, on me passe un linge sur le front, je la regarde droit dans les yeux et juste avant qu'on ne me pousse dans ses bras, je lui dis :
- Amma, aide-moi !
Je tombe dans un trou, c'est très doux, si ma mère me prenait dans ses bras, j'aimerais y ressentir cela. On me relève, je n'ai même pas le temps de voir son visage encore une fois. On me tend mon sac à main que l'on m'avait mis de coté et l'on me dit que si je veux recevoir un mantra, c'est là, dans la file d'à coté. Je n'ai plus mal au dos. Comme un automate je me mets dans la file. Dans ma tête, il ne se passe plus rien. Je suis sûre que si l'on mettait des électrodes sur mon front, on lirait une ligne verte sans activité aucune.
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