Bonsoir
Il y a quelques semaines à peine, j'ai expérimenté le fait d'observer des gens toute une grande journée. Cette observation a été facilitée par le fait de tenir un petit étalage de brocante vide-grenier. Située dans un petit village, sans sonorisation tonitruante, entre la prairie qui accueille ordinairement un cheval et une paire d'ânes (délogés en douceur pour la circonstance

) et le parvis d'une petite église, malheureusement désaffectée, car fissurée et instable sur ses fondations.
Le soleil était présent, fait à signaler en ce mois d'août ou l'astre solaire a choisi la timidité plutôt que l'arrogance ... Je regardais les allures, les visages, les carnations, les comportements. J'étais tranquillement installée, pacifique et sereine et j'ai remarqué le nombre vraiment très important de personnes qui me saluaient spontanément ou du moins m'adressaient un sourire.
Mon éventaire était coloré, simple, propre et comme c'était le dernier, les gens venus jusqu'ici s'y attardaient volontiers

. Musique, bijoux de pacotille, jouets, bibelots, senteurs ont ainsi fait des heureux, et fait surprenant, sans marchandage. Les prix modiques semblaient justes au contentement de chacun.
En toute fin d'après-midi, un petit groupe d'enfants accompagnés de trois ou quatre jeunes femmes est arrivé. Je remarquais essentiellement des filles, avec vraiment très peu de différence d'âge. Fratries, cousinages ? J'optais au ton de l'encadrement, que c'était plutôt un groupe d'enfants en placement spécialisé.
Soudain, une petite frimousse au ras de l'étalage attira mon attention. Un petit bonhomme ... et oui, c'était le seul petit garçon de la bande, regardait avec émerveillement le nounours assis devant lui et qui lui tendait les bras. Ce nounours blanc, je l'avais vêtu d'un petit pantalon de toile bleue, et d'un tee-shirt "Léon le Bourdon" ayant appartenu à mon petit-fils.
Attentive et attendrie, je me suis approchée. Tout autour, les fillettes touchaient un peu à tout, s'exclamant, commentant, rejetant.
Le petit me dit soudain:
- C'est combien Madame pour le nounours ?
- 2 euros bonhomme
- J'ai pas assez
- Tu as combien ?
... et là, les femmes sonnent le rappel et demandent aux enfants de poursuivre. Les gamines commencent à pousser le petit, mais celui-ci a les yeux rivés sur le nounours ... SON nounours. Alors je saisis l'ours en peluche et le lui tend, lui disant " tiens, il est pour toi"
Il est des moments magiques comme ça, ou bien que l'on soit au milieu du monde, une bulle se crée, une bulle où tous les bruits et sons alentours sont occultés. L'enfant a tendu les bras et attrapé le nounours qu'il a aussitôt serré sur son cœur, ignorant les taquineries des petites filles.
Comme le regard de cet enfant était rempli d'amour et de gratitude. J'ai l'impression que malgré son jeune âge, il connaissait déjà la tristesse, la solitude, le manque de chaleur humaine, alors ce nounours un peu amoché mais attachant, sans doute comme lui, lui a apporté de la tendresse câline.
Nul besoin d'un merci émis par ses lèvres, car déjà, l'émotion semblait le paralyser et puis son regard avait tout dit. Cependant, l'une des femmes est venue le rabrouer sèchement, le disputant pour ne pas savoir dire merci. Une autre demanda ce qui se passait, et j'ai eu peur que mon geste ne dégénère en jalousie des autres ou refus du nounours ... mais non. J'ai bien vu que le gamin se fichait des remontrances, il était heureux dans son cœur, car il savait que je savais qu'il m'avait dit merci.
En cet instant, mon état d'esprit était en accord philosophique de partage et d'Amour, belles valeurs du Reiki.
Merci à toi petit homme, et puisse ce nounours t'accompagner avec tendresse sur ton chemin de vie

...
